Philippe VIGNAU,
BRUGES (33)
Le 7
septembre dernier, dans les arènes de Dax, lors de la Feria « Toros y Salsa »,
un taureau de l’élevage de Victoriano del Rio (le 6ème de la corrida) a été gracié
à la demande du public et après une faena donnée par Miguel Angel Perera au
cours de laquelle le toro n’a pas arrêté de foncer sur la muleta du matador,
avec une noblesse extraordinaire.
Que
dire de tout cela ?
– à
la suite de cet événement, Sud-Ouest a publié une chronique de Zocato le
lendemain, puis un article de Rémi Monnier, le surlendemain, en bonne place
(4ème de couverture avec une belle photo) ;
–
cette « grâce était-elle méritée, alors que le toro n’a reçu qu’un « picotazo »
et que la grâce ne doit être accordée qu’aux toros vraiment « braves »,
c’est-à-dire, ayant répété à la pique ?
–
donc, la grâce n’a récompensé qu’une bravoure partielle du toro et, surtout, sa
noblesse, sa faculté de charger droit à la muleta; ce n’était pas un toro
complet, un toro de « bandera », comme on le qualifie en Espagne ;
–
comme l’amorçait la chronique de Zocato, en disant que certains aficionados ne
seraient pas d’accord, j’estime, avec ceux-la, que la corrida, les toros, les
toreros, le public et les médias, sont engagés « sur une mauvaise pente » :
celle qui privilégie les toros faciles qui passent tout seuls, qui ne sont pas
piqués, souvent faibles de pattes, et qui sont graciés alors qu’ils « n’ont
rien dans le ventre », à savoir qui manquent de cette hargne et de cette
dangerosité propres à la caste sauvage et qui ne sont des collaborateurs
dociles et innocents, on dirait sans odeur et sans saveur ;
– ce
phénomène est récent et ne concerne, en général, que des élevages « commerciaux
» et/ou d’origine Juan Pedro Domecq comme le note en annexe Rémi Monnier :
depuis 2001, en France – élevages de Victoriano del Rio, Juan Pedro Domecq,
Zalduendo, Cebada Gago, Robert Margé, Javier Perez Tabernero, notamment ;
– ce
phénomène est devenu une mode, fait partie de la fête (le public se « goberge »
en réclamant la grâce) et, quelquefois, est « téléphoné » par l’éleveur, ce qui
fait que cela devient banal ;
–
comment vont être les descendants de cet animal conservé pour la reproduction :
à nouveau des toros dotés d’une grande noblesse, mais certainement pas d’une
grande bravoure ?
–
ainsi, sera prise la pente qui privilégie le troisième tiers et la noblesse du
toro, au détriment de la bravoure et du premier tiers essentiel pour déterminer
cette bravoure ;
– que
deviendront alors les élevages de toros-toros, vont-ils céder à la même
tentation ou vont-ils disparaître ?
– les
corridas ne deviendront-elles qu’un spectacle de ballet où le toro est diminué
ou absent ?
– les
« aficionados a los toros » comme ils sont désignés en Espagne,
disparaîtront-ils, eux aussi ?
En ce
qui me concerne, à la dernière question je réponds non, j’essaie de me battre
pour préserver la corrida « authentique » celle qui est basée sur
l’affrontement du taureau sauvage et de l’homme intelligent, et je fais appel à
tous ceux qui partagent cette conviction.