Stéphane ARLEN, Prigonrieux (24)
Chaque
jour depuis un peu plus d’un an, Nicolas Sarkozy, comme il l’avait promis, a
tout fait pour changer la société. Malheureusement, alors que de nombreux
Français naïfs ont voté pour lui en espérant un changement en mieux (plus de
libertés, des richesses mieux réparties, etc.), force est de constater que son
bilan est une catastrophe pour la République que les citoyens ont eu l’imprudence
de lui confier.
La
Constitution du pays dont Nicolas Sarkozy a reçu la charge déclare dans son
Article Premier : « La France est une République indivisible, laïque,
démocratique et sociale. » Après un an de « sarkozysme », voyons
ce qu’il en reste :
- La
République française semble toujours indivisible, mais une course en avant vers
plus de décentralisation et une plus grande autonomie des universités
promettent un pays éclaté par la régionalisation des lois, des réglementations,
des formations universitaires, etc.
- La
République française n’est évidemment plus laïque : tout a été entrepris,
tout a été dit pour bien faire comprendre aux Français que la religion était
remise au goût du jour par le sommet de l’État.
Nicolas
Sarkozy a ostensiblement montré son mépris pour les humanistes laïques, comme
il est allé à Latran, à Riyad ou au dîner du Crif manifester un aberrant
respect pour l’idée de Dieu et celle de la supériorité du prêtre sur le
professeur dans la transmission des valeurs. Tout le gouvernement multiplie,
presque chaque jour, une évidente volonté de casser la laïcité française, en
assistant qui à une messe, qui à l’inauguration d’un lieu de culte, qui à la béatification
d’une religieuse ou d’un prêtre.
- La
République française n’est plus démocratique. Nicolas Sarkozy a menti aux
Français concernant le traité constitutionnel européen : en faisant
ratifier par le Parlement un texte en tous points identique au traité que le
peuple avait rejeté en 2005, le Président a délibérément signé la fin de la
démocratie en France. À cela s’ajoutent de nombreux faits prouvant que la
démocratie régresse en France alors qu’on cherche à en promouvoir l’idée jusqu’en
Afghanistan : certains médias importants comme TF1 ou Le Figaro sont
devenus de nouvelles Pravda ; Sarkozy a sciemment décidé de priver le
service public de revenus publicitaires pour mieux le conduire à sa disparition ;
il a décidé de nommer lui-même le président des chaînes publiques ; dans
un autre registre, n’oublions pas l’affaire Tapie, où l’État a choisi un
arbitrage quand la justice lui aurait sans doute permis d’éviter de débourser
des centaines de millions d’euros ; nous n’oublierons pas non plus le fait
que lors du défilé de la flamme olympique, ce sont les policiers chinois qui
avaient tout pouvoir sur le sol français ; nous nous souviendrons
longtemps également que c’est au Royaume-Uni que Nicolas Sarkozy a annoncé l’envoi
de militaires français supplémentaires en Afghanistan, sans aucun débat
préalable à l’Assemblée Nationale. Bien d’autres événements viennent nous
confirmer que la démocratie à la Sarkozy n’est pas la démocratie telle qu’on la
connaissait, et que la France ressemblera très vite, si Sarkozy reste au
pouvoir, aux États-Unis avec leur Patriot Act et leur Guantanamo délocalisé.
- J’ose
à peine le dire, tant cela est évident : la République française n’est
plus (depuis longtemps ?) sociale, et Sarkozy amplifie chaque jour le
mouvement. Pour gagner plus, avant, on pouvait espérer une augmentation de
salaire ; maintenant, il n’y a plus qu’un seul moyen : travailler
plus, quitte à ne plus avoir de vie de famille.
Pour
se déplacer quand l’essence augmente, on nous suggère de prendre le vélo. Pour
aider les malades, on fait payer… les malades par le biais des franchises
médicales. Pour aider les entreprises, on leur offre le RSA, financé par les
contribuables… enfin, pas tous les contribuables : pas les plus riches
pour lesquels on a pris le soin de créer, à peine arrivé en fonction, un
bouclier fiscal à toute épreuve.
Le
peuple français a confié, imprudemment, une République indivisible, laïque,
démocratique et sociale, à un homme qui se fout de tout cela, pour qui son « job »
de président n’est qu’une mention sur la carte de visite qui lui permettra de
gagner plus d’argent plus tard.
Alors
maintenant, vu que les Français ont commencé à se réveiller, on nous promet un
nouveau Big Brother : le fichier Edvige, qui permettra de surveiller dès
13 ans (et sans doute même avant, vu que Sarkozy considère que tout est
génétique) toutes les personnes « susceptibles de troubler l’ordre public »,
que ce soit par leur engagement politique, syndical ou associatif, ou seulement
par leur sexualité ou leur état de santé.
Mais
où allons-nous ? Où s’arrêteront-ils ? Va-t-on se laisser faire sans
rien dire, ou doit-on se révolter contre les dérives de ce gouvernement ?
(J’appelle cela « dérives », mais c’est en réalité un choix de
société médité depuis longtemps, une remise en cause systématique des avancées
sociales devant conduire à un retour au XIXe siècle où une minorité de
riches avait tout pouvoir sur une masse laborieuse contrôlée par la religion et
la police).
L’Article 35
de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de
1793
stipule que « Quand le gouvernement viole les droits du peuple,
l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus
sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
Alors,
oui, je te le dis, Edvige, alors oui, je te le dis, Nicolas : retiens bien
mon nom, parce que je suis susceptible de troubler le nouvel ordre public anti-laïque,
antidémocratique et antisocial que tu cherches à imposer.