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J’accuse !

Bernard Mutschler (Léognan, 33)

J’accuse tous vos éditorialistes de langue de bois, d’hypocrisie. En effet quand vous roucoulez devant le non irlandais et plus avant, devant le non français et hollandais, que l’Europe est trop éloignée des citoyens, que l’Europe ne tient pas compte des souhaits réels de la population, etc…alors que vous êtes, sauf Guillebaud, européens convaincus, vous ne dites pas la vérité. Car que se passe-t-il ? Le réferendum sur des questions contitutionnelles montre les limites de la démocratie directe.

Un peuple ne peut être consulté que sur des questions qu’il comprend. Un ou deux français sur dix est capable de définir exactement la Constitution Française et son fonctionnement. Un ou deux français sur cent est capable de définir les pouvoirs partagés entre la Commission, le Conseil et le Parlement Européen. Alors que se passe-t-il dans un tel référendum ? Les gens, chauffés par des politiciens sans scrupules qui dessinent sur les murs des monstres - le plombier polonais de Fabius, le libéralisme sauvage de Mélanchon, la peur  de  perdre  un commissaire chez les irlandais, de perdre leur neutralité, de se voir imposer l’avortement et que sais-je,  les gens donc, ne comprenant rien à rien, se décident pour des causes futiles : le chien de mon voisin fait trop de bruit, par exemple ou est ce que le ramassage des poubelles continuera comme avant. (je n’exagère pas. C’est bien la question qu’un jeune a posé à Chirac qui, le pauvre, cherchait le dialogue dans une émission question réponses au cours de la campagne du referendum. Le président en est presque tombé de sa chaise)

La démocratie demande un certain niveau des citoyens. Il faut qu”ils sachent lire, préalable déjà reconnue par les Grecs et les Romains. J’ajouterai pour la démocratie moderne, saisie de questions complexes, il faut que les réferendums ne dépassent pas la “comprenette “du citoyen lambda. Il y a la démocratie représentative pour trancher ce type de questions sur les Institutions. Tous les pays ont compris sauf ceux que je viens d’indiquer. Et si Chirac a décidé de   recourir au référendum, sur les conseils avisés  du brillant  de  Villepin, c’était dans l’espoir de mettre à mal le parti socialiste. On a vu le résultat. L’exemple de de Gaulle lors de la réforme du Sénat aurait dû le faire réfléchir. Et si Maastricht  est passé de justesse, c’est  qu’ il y avait un contenu ” palpable” que la plupart des gens pouvait comprendre : la  monnaie unique.

Voilà des vérités que vous n’osez pas dire. Il y a, hélas, un principe en journalisme : toute vérité n’est pas  bonne à dire, encore moins quand elle insulte l’intelligence des lecteurs. D’où ce manque de courage et ces lamentations “bateaux” sur l’Europe technocratique, ces considérations démagogiques pour tout dire.

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