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Maison à 15 euros: le parcours du combattant

Catherine Laubisse, 33, Artigues Près Bordeaux

 Certains se gaussent. Moi, non. Ma nièce habite dans une HLM : barre à droite, barre à gauche, barre devant, barre derrière. Toute sa vie, elle va payer un loyer. Toute sa vie, elle aura le même horizon de barres d’immeubles dès que son regard cherchera à s’évader et c’est le cas pour tous ses voisins.

 

Divorcée, ses revenus, 1 450 € nets par mois, deux enfants, ne lui ont jamais permis de mettre de l’argent de côté pour accéder à la propriété de façon traditionnelle : une partie comptant, le reste sous forme d’un prêt remboursable en 15/20 ans.

 

Alors, pour 450 € par mois, pourquoi ne pourrait-elle pas habiter dans une maison dont elle serait propriétaire même si elle doit la payer toute sa vie ?

 

Parce que ce n’est pas possible, malgré le dispositif Boutin. Et les raisons pour lesquelles ce n’est pas possible sont difficiles à croire. Reprenons : ma nièce ne peut pas acheter une maison parce qu’elle ne peut pas dépasser 450 € par mois et qu’elle ne peut pas verser une partie de son acquisition comptant. Or le dispositif Boutin permet de ne pas dépasser cette somme fatidique en permettant d’étaler sur une plus longue période le remboursement de l’emprunt en séparant le terrain de la maison. Toujours selon ce dispositif, un organisme, le 1 % logement achète le terrain à sa place et il attend qu’elle ait fini de payer la maison. C’est à cet organisme qu’elle rembourse dans un second temps le prix du terrain. Il y a même une garantie pour le banquier prêteur dans ce cadre, car en cas de non – paiement, le 1 % logement rachète la maison de ma nièce et paie les mensualités restant dues à l’organisme prêteur, tout en louant la maison à quelqu’un d’autre. En gros, elle rembourse sa maison pendant 18 à 25 ans. Puis elle rembourse le terrain pendant 10 à 15 ans. Bref, personne n’est lésé à part ma nièce qui se verra déposséder de son bien par le 1 % logement si elle n’arrive pas à payer ses mensualités. Mais c’est de bonne guerre.

 

Les choses devraient être simples : ma nièce repère la maison de ses rêves chez un promoteur : une maison T3 de 78 m² avec un petit jardin de 38 m² au prix de 225 000 €, dont la TVA réduite à 5,5 % ramène le prix de la maison à environ 200 000 €. Les 38 m² de terrain doivent bien faire dans les 100 000 € (On est dans la banlieue bordelaise) et la maison le reste. 100 000 € à un taux de 5 % pendant 25 ans, font environ une mensualité d’emprunt de 512 € diminuée de l’APL, soit 113 €, font un net à payer de 399 €. 200 € de moins que le loyer réclamé pour son appartement dans sa barre d’HLM ! Elle fait part de son projet au 1 % logement qui l’assiste pour toutes les formalités d’emprunt auprès d’une banque partenaire participant à l’opération « la maison à 15 € », le 1 % logement achetant le terrain. Le promoteur est content. Le 1 % logement fait ce pourquoi il est fait. La banque est contente puisqu’elle a la garantie du 1 % logement. Et le 1 % logement récupère un logement sympathique en cas de défaillance de ma nièce. Ma nièce entre dans les lieux, avec un pouvoir d’achat augmenté de 200 €. C’est tout bénéfice pour tout le monde, y compris l’État car s’il fait le deuil des 19,6 % - 5,50 % de TVA dans un premier temps, il récupère 19,6 % de recettes supplémentaires chaque année grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat de ma nièce.

 

Les choses devraient être simples. Elles ne le sont pas et sont même infaisables.

1.      D’abord, les instances régionales considèrent que le dispositif n’est applicable que pour les maisons à construire, donc à vendre en l’état futur d’achèvement. C’est clair que ma nièce ne pourra jamais payer son loyer de 699 € plus des mensualités d’emprunt augmentant au fur et à mesure de l’avancement des travaux.

2.      Ensuite, la maison de ses rêves ne fait que 78 m² alors que la loi Boutin prévoit qu’elle doit faire un minimum de 85 m². Refuser le projet pour 7 m² en moins, cela s’appellerait finasser, ou est-ce voulu par le promoteur afin d’écarter les « 15 € par jour » ?

3.      Dans le dispositif Boutin, le terrain doit avoir une superficie d’au moins 250 m². Mais 38 m² en banlieue bordelaise suffisent largement à ma nièce.

4.      Ensuite, les instances régionales ont l’air de penser que seuls des programmes estampillés « maison à 15 € » entrent dans le dispositif. Et les instances régionales ne sont pas pressées d’en construire.

5.      Le 1 % logement bordelais m’a affirmé aujourd’hui qu’ils n’étaient pas concernés par le dispositif et m’a orientée vers la SEMIB, laquelle SEMIB m’a demandé de prendre contact avec le CILG, (déjà fait) puis avec le GIC, où je n’ai eu droit qu’au répondeur téléphonique de la personne recommandée par la SEMIB.

6.      L’Adil m’a dit que de toute façon ces maisons étaient réservées aux ménages de deux enfants et plus, (Or, rien n’indique que c’est le cas lorsqu’on consulte les documents publiés par le Ministère du Logement et de la Ville), puis finalement d’aller en Lozère me faire construire une maison à 15 € ou de voir directement avec le promoteur.

7.      Quant aux autres organismes supposés m’informer, soit la Direction Régionale de l’Équipement ou la DDE de la Gironde, personne n’a jamais répondu aux nombreux coups de fils que j’ai passés tout au long de la journée.

8 Pour finir, ma nièce doit pouvoir bénéficier d’une aide à l’accession à la propriété attribuée par une ou plusieurs collectivités locales du lieu d’implantation de la maison. Et là, je suis sceptique. Les caisses sont vides. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elles ne sont pas vides pour tout le monde puisque les députés et les sénateurs peuvent obtenir eux des prêts de 100 000 à 150 000 € à taux zéro pour financer la maison de leur rêve et que les promoteurs immobiliers bénéficient d’une réduction de 70 % de leur impôt sur les sociétés s’ils réinvestissent cette réduction d’impôt de 70 % dans l’immobilier au cours des cinq années suivantes.

9        Tous ceux qui comptent dans notre pays en matière de pensée docte et éclairée ont déjà enterré le projet. Il ne manquerait plus après ça que les instances régionales aillent se ridiculiser en se commettant dans un tel projet.

 

Alors, je pose des questions toute bêtes : que fait-on des acheteurs potentiels ? De leurs besoins, de leurs aspirations ? Une intelligentsia prétentieuse et bavarde va-t-elle continuer longtemps à nuire à la mise en place de tous les projets ayant du sens ? Est-ce que permettre l’accession à la propriété à des bas revenus pour des maisons qui ne ressemblent pas à des clapiers à lapin leur semble incongru ? Est-ce qu’il s’agit de raisons politiques ? Les organismes régionaux ont-ils peur de se voir déposséder de certaines missions ? Est-ce un conservatisme bien arrêté de ce que doit être le logement social qui les guide ? Ou la peur d’être pris pour des imbéciles par une poignée de snobs ?

 

Maison à 15 € (suite)

 

Aujourd’hui, j’ai contacté quelques nouveaux organismes, par exemple :

 

  1. Allô Service Public au 39 39
  2. La préfecture de Bordeaux
  3. La DDE
  4. La mairie de Bègles
  5. La SAEMCIB
  6. Et toujours la même personne au GIC

 

Allô Service public : Mon correspondant a failli s’étrangler de rire et m’a dit de me renseigner pour savoir si ma commune avait signé la charte des maisons à 15 € par jour. Il y en avait peu selon lui.

 

J’ai donc téléphoné à la préfecture pour connaître la liste des communes signataires.

La préfecture m’a renvoyé vers la DDE, que j’ai pu obtenir aujourd’hui (miracle !) et qui m’a dit n’avoir aucune liste et de téléphoner directement dans les mairies.

 

J’ai donc commencé par la mairie de Bègles, qui m’a passé son service de l’urbanisme, qui m’a dit de téléphoner à la SAEMCIB, qui m’a dit n’avoir aucun élément concernant cette charte.

 

J’ai rappelé le GIC dont le téléphone semble directement et définitivement relié à un répondeur.

 

Conclusion : C’est assez comique de voir comment tous les organismes concernés se passent la patate chaude. Et on voudrait qu’ensuite on prenne l’État et ses « serviteurs » au sérieux.

3 commentaires pour “Maison à 15 euros: le parcours du combattant”

  • ngolet dit :

    Bonjour,

    Moi aussi,je suis trés intéresser par la maison à 15 euros.Cela m’a donné espoir d’être un jour propriétaire. Malheureusement,monespoir a été de courte durée.Au CILG,on m’a répondu,qu’il n’y avait que Blanquefort qui avait signé la charte (10 maisons en construction) et c’est tout…

  • mama dit :

    Bonjour, J’ai bien lu vos différentes démarches, votre projet et votre colère. Je vois que je ne suis pas la seule à voir l’incompétence de l’état dans ce projet. J’ai essayé d’obtenir des renseignements à Lyon (l’une des grandes villes françaises), en vain…personne n’est au courant entre DDE, 3939, et Adil ne répond pas. C’est désolant, décevant, démotivant et usant!

  • olivier dit :

    Bonjour, Je viens de trouver votre message en consultant les forums sur les maisons à 15 euros. En effet, il n’y a pas beaucoup de constructeurs qui ont signé la convention, mais il est possible d’en trouvé dans plusieurs région. En tant que constructeur de maison à 15 euros, je peu vous renseigner si vous cherchez toujours ce type de maison. Nous construisons notamment dans la Haute Saône et les Vosges avec Ma Maison ( www.ma-maison.fr ), en Seine Maritime et dans l’Eure avec les Maisons Marie ( www.maisons-marie.fr ) et en Ile de France et Picardie avec les Maisons d’Aujourd’hui ( www.maisonsdaujourdhui.fr ). Vous pouvez également me contacter sur ce forum pour des renseignements complémentaires.

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